trickri1Brève histoire du boxeur Eugène Trickri  né le 11 février 1891, à Paris 9e. Il est mort à 24 ans au sein du 72ème RI.

Sporting, dans son édition du 8 avril 1915, citait un courrier de lui : 

Mon baptême du feu.

La guerre est venue me surprendre en convalescence. J’avais eu, si vous vous rappelez, le tympan crevé lors de mon combat avec Fred JACKS. Immédiatement je rejoignis mon régiment, le 72ème d’infanterie et trouvai mes camarades pleins d’entrain, comme moi, d’ailleurs. On ne pensait qu’a une chose : aller en mettre un coup aux Allemands pour avoir troublé la paix mondiale. Ce fut, enfin, le départ pour le front et le baptême du feu attendu avec impatience. Je ne sais si cela a produit le même effet à tous, mais voilà l’impression que j’ai ressentie D’abord, de la stupeur en voyant tomber les hommes autour de moi, un moment d’émotion intense, puis, un accès de rage. Cette rage qui vous prend de les venger et vous fait commettre bien des bêtises, celle d’aller trop de l’avant et de vous exposer inutilement. Mais la raison m’est revenue bien vite et je me suis terré comme le font les Boches. Puis, je m’y suis habitué. L’oreille tendue, l’œil aux aguets, malheur à l’imprudent qui passe le bout de son nez.... Comme elles paraissent longues, ces heures de tranchées et quelle joie quand enfin l’ordre est donné d’attaquer la tranchée ennemie !

C’est au cours d’une de ces attaques en Argonne, que je fus blessé et nommé caporal. Il paraît que j’ai été brave. Sans fausse modestie, j’avoue que je ne m’en suis pas rendu compte. Je dirai même que si c’est cela être brave, nous l’avons tous été ce jour-là... J’espère avoir l’occasion de l’être bien des fois encore, car j’escompte faire ma petite part pour mettre tous les Boches knock-out ! 

Sporting dans son édition du 27 mai 1915, donnait de ses nouvelles :

Trickri cité à l’ordre du jour.

« Le sympathique boxeur poids plume Eugène TRICKRI qui, on le sait, fut blessé au début de la guerre, en Argonne, et promu sergent pour sa belle conduite au feu, vient de se distinguer à nouveau et est maintenant proposé pour le grade d’adjudant. Il prit part au combat des Eparges et sa vaillance trouva à se manifester une fois de plus. Trickri, alors que les officiers et la plupart des gradés de sa compagnie ayant été mis hors de combat, a pris, quoique blessé, le commandement des hommes de sa compagnie qui restaient et les a maintenus au dangereux poste confié à sa compagnie.

Ajoutons que la blessure du brave Trickri, une balle qui a traversé le biceps du bras droit, ne donne lieu à aucune inquiétude et qu’il est en très bonne voie de guérison. »

Sporting dans son édition du 29 juillet 1915 rend compte de sa mort au champ d’honneur :

trickri_et_beziot1   Mort au champ d’honneur d’Eugène Trickri.

Nous avons appris, la semaine dernière, trop tard pour l’insérer, la pénible nouvelle de la mort du populaire boxeur poids plume Eugène Trickri, tué à la tête de sa section, en Argonne, pendant une charge à la baïonnette.

Trickri, on s’en souvient peut-être, avait été blessé deux fois auparavant. La première fois, à Vitry-le-François, où il avait fait preuve de tant de bravoure qu’il fut promu sergent sur le champ de bataille. Remis de cette blessure, il retourna sur le front et prit part à la fameuse affaire des Eparges. Là, sa vaillance se manifesta une fois de plus, et il eut à son actif une belle citation à l’ordre du jour et fût proposé pour le grade d’adjudant. C’est aux Eparges qu’il fut blessé pour la seconde fois, une balle lui ayant traversé le biceps du bras droit ; mais Trickri fut guéri rapidement, et, pour la troisième fois, rejoignit ses camarades.

Il ne devait plus revenir.

Eugène Trickri est tombé le jour de la fête nationale, le 14 juillet, en contre-attaquant, près de X..., pour reprendre une tranchée que les Allemands avaient enlevée grâce à l’aide de gaz asphyxiants. Il était sorti le premier de la tranchée et venait de tuer avec sa baïonnette un sous-officier allemand quand un éclat d’obus vint l’atteindre au front. Le pauvre garçon est mort sur le coup."

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Nous savons aujourd’hui qu’Eugène Trickri , sergent au 72e d’infanterie, a été tué le 13 juillet 1915 au Bois Bolante. Son décès a été inscrit sur le registre du 18e arrondissement de Paris.

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carte du secteur de Bois Bolante à l'est de La Harazée

(Un grand merci à Jean Claude Poncet pour cet article sur le boxeur Trickri, soldat au 72ème RI).